1917-1967) Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres qui sont résumées et commentées



Download 180.28 Kb.
Page2/2
Date conversion29.03.2017
Size180.28 Kb.
1   2
Night watch over freedom"

(1941)


Nuit de veille pour la liberté
Article
Commentaire
Il fut publié dans “Vogue”.

_________________________________________________________________________________


Reflections in a golden eye

(1941)


Reflets dans un œil d'or
Roman de 140 pages
Dans les années trente, dans une garnison isolée du Sud des États-Unis ("Army post" fut le premier titre), Leonora, la femme belle, plantureuse, passionnée, du capitaine Penderton, désespérée de son indifférence, le trompe avec le lieutenant-colonel Langdon, leurs rencontres se faisant en particulier au cours de promenades à cheval où elle monte Oiseau-de-feu. À propos de cet étalon, le capitaine et le jeune soldat Elgé (il n’a d’autre prénom que les initiales «L.G.» !) Williams s’affrontent silencieusement. L'épouse du commandant, Alison, malade, folle de chagrin, est anéantie depuis qu'elle a donné naissance à une enfant anormale qui est morte trois ans auparavant. Veille sur elle son domestique philippin, Anacleto. Williams s'éprend de Leonora, entre la nuit dans sa chambre, l’observe endormie et se contente de lui effleurer à peine les cheveux. Mais, à la septième occasion, il est surpris par Penderton, qui avait cru qu’il viendrait dans la sienne, et qui le tue.
Commentaire

Le très beau titre (qui est plus ambigu en anglais puisque «reflections» y signifie aussi bien «réflexions» que «reflets») se retrouve dans ce passage : «Puis.... il se mit à regarder les tisons du feu, fixement. Un paon d’un vert sinistre, avec un seul énorme oeil d’or ; et dans cet oeil les reflets de quelque chose de minuscule et...».

Apparemment, rien de plus clair, de plus net, que ce drame passionnel traité à la pointe sèche avec une fascinante sûreté de trait, défini dès la première page : «Dans le Sud, il y a un poste militaire où un meurtre a été commis. Les acteurs de ce drame étaient deux officiers, un soldat, deux femmes, un Philippin et un cheval». À travers les rites du service et de la vie sociale, fêtes, réceptions, promenades, deux drames parallèles s’ébauchent, croissent et s’accomplissent. Des relatons singulières se tissent : rapports d’autorité, problèmes et conflits sexuels.

Le roman n’est pas un drame passionnel classique. Rien, pas même le cheval, n’y est normal. Pourtant, comme d’habitude chez Carson McCullers, ce qui serait ailleurs perversion ou morbidité est ici présenté sinon comme quelque chose de «normal» (notion qui n’a guère d’existence que statistique), du moins comme une modalité non seulement plausible, mais extrêmement douce, de l’amour sexuel. Dans l'ombre, en marge, les mobiles secrets de ces personnages repliés sur eux-mêmes et en proie à leurs obsessions transparaissent et confèrent au récit une étrange épaisseur, une fantastique réalité. Jean Blanzat le constate : «Par une déviation perpétuelle des sentiments attendus, Carson McCullers nous éloigne de l’atmosphère ordinaire du drame bourgeois... Avec une dextérité toute féminine, de ligne en ligne, de proche en proche, elle frange chaque caractère d’une ligne d’ombre».

Le couple adultérin est d’une parfaite banalité, et l’autrice, précisément, n’a rien à en dire. La femme du capitaine, dans l’épanouissement de sa maturité paresseuse et dormante, est un exemple accompli du rayonnement sensuel. Ses rapports avec son amant, le placide commandant, sont tranquillement ordinaires, ne contiennent aucun mystère. Ils ont pour témoin l’étalon puissant, «Oiseau-de-feu», qui est un symbole de la sexualité.

Derrière tous les autres personnages, au contraire, on aperçoit l’ombre.

Madame Langdon ne meurt pas par simple désespoir : elle est attirée vers la mort par une fatalité. C’est parce qu’elle est un symbole de l’infécondité qu’elle se coupe le bout des seins avec les cisailles du jardin.

Anacleto, son domestique philippin, vit dans son orbe avec la familiarité sinistre des eunuques, et est l’un des personnages les plus marginaux, énigmatiques et attachants qu’ait créés l’autrice.

Le lunaire soldat est une énigme presque pure : il n’est pas attiré par l’amour charnel car, pour lui, «les femmes portent en elles le germe d’une maladie contagieuse et terrible qui rend les hommes aveugles, infirmes et les damne». Mais il s’approche du réveil, il commence à être hanté «d’un rêve sombre». Immobile dans la clarté stérile de la lune, il épie non pas la femme nue mais le capitaine vers qui le pousse une curiosité pleine d’angoisse impubère. Non cerné, ce personnage est entièrement constitué d’ombre. À la vérité, il n’est pas un personnage réel, mais un fantôme et un symbole.

Le véritable héros du livre, celui qui prend à son compte la stérilité, le drame de l’impuissance, est le capitaine Penderton. Intellectuel, inquiet, étriqué, il «réalise un équilibre délicat entre les deux sexes», il est «doué de la sensibilité des deux sexes mais dépourvu du pouvoir actif de l’un et de l’autre». «La balance chez lui penche fortement d’un côté, le côté de la mort», et il fait tous ses efforts pour s’approcher du pouvoir actif et de la vie que représentent à ses yeux sa femme et le jeune soldat. D’abord, il montre de la «mauvaise humeur» puis déchaîne sa «haine formidable» contre Oiseau-de-feu qu’il bat sauvagement parce que sa femme le monte et parce que Williams s’en occupe. Un désir étrange se glisse dans son coeur : «un besoin douloureux d’entrer en contact de quelque façon que ce soit avec cet homme». Et, en un mois, il passe de cet état morbide à une passion foudroyante : «Il se sent vulnérable dans un état proche du délire» et, s’il tente de parler, c’est «en une tirade incohérente d’imprécations, de mots caressants, d’insultes et de supplications». Cependant, il ne vit pas le drame banal de l’homosexuel qui s’ignore plus ou moins et ne sait comment aborder l’objet de son désir. De toute son âme, il envie le soldat rayonnant. Dans ses rêves, il se voit «jeune», presque le jumeau du soldat, avec un corps souple, allègre et «il est envahi d’une étrange tristesse nostalgique». Son rêve de fraternité est-il épuré de tout aspect charnel? De toute façon, il est inaccessible. Dans le temps où le soldat sent que «le désir monte en lui, sombre, fatal et vide comme la mort», les circonstances qui prêtent le plus au malentendu remettent le capitaine et le soldat face à face. Alors s’offre l’occasion d’entrer en contact de «quelque façon que ce soit», mais ce que le capitaine abat et supprime, c’est sa propre obsession et il marque ainsi, pour toujours, son échec. Quand il abat le soldat, ce n’est pas la simple jalousie qui arme son bras : c’est comme s’il tirait sur lui-même.

Le drame est imputable moins au hasard des situations qu’à la psychologie des personnages et aux ressorts inconscients qui inspirent souvent notre conduite à tous. Un critique reprocha à Carson McCullers d’avoir, dans ce roman, créé «un monde désolé, vide, privé d’amour et de charme, où la vie n’existe qu’à son plus bas niveau instinctuel». Il est vrai qu’avec son exquise subtilité elle montre une sexualité contrariée, inféconde, source de tourments sans issue. La bisexualité des personnages était de façon évidente une représentation des relations entre Carson et Reeves et avec leurs amants. Le roman est d’ailleurs dédié à Annemarie Clarac-Schwarzenbach.

Coloré tour à tour de lyrisme, de suspense et d’humour, ce roman bref et dense parut d’abord dans “Harper's bazaar” en août 1940, puis fut publié par Houghton Mifflin en 1941. Les lecteurs qui attendaient un livre semblable au premier de Carson McCullers furent choqués par cette troublante histoire. Aussi la critique fut-elle partagée, et la romancière fut-elle spécialement décriée par les gens de sa ville natale qui virent de négatifs reflets d’eux-mêmes dans les personnages du roman.

Un film en a été tiré en 1967, sur un scénario de Carson McCullers, réalisé par John Huston avec Elizabeth Taylor et Marlon Brando (qui remplaça Montgomery Clift mort juste avant le tournage). Le réalisateur confia en 1980 : «Brando possède un pouvoir exceptionnel : il peut prendre un petit détail et se l’approprier, se l’intégrer comme si c’était une partie de lui-même. Regardez au début la manière dont il parle au jeune soldat, ce qu’il fait avec quelques répliques.» Pour rendre le reflet dans un oeil doré, la pellicule initiale fut traitée dans un bain de pigments de cette teinte. Chaque scène comportait, pour créer un contraste, un élément qui avait sa couleur réelle. Mais le public fut, au-delà du sujet même, dérouté par cette innovation, et le film ressortit dans une version classique.

_________________________________________________________________________________
"Brooklyn is my neighborhood"

(1941)


Brooklyn est mon quartier
Article
Commentaire
Il parut dans “Vogue” dans une série intitulée “Thirty writers celebrate America’s favorite borough”.

_________________________________________________________________________________

"The jockey"

(1941)

Nouvelle


À l’entrée d’un bar, un jockey regarde avec dédain une table où se tiennent trois hommes : son entraîneur, son “bookmaker”, et un homme riche. Parlant à mots couverts, ils le considèrent comme une machine à faire de l’argent et non comme une personne sensible. Ils ne pensent même pas à l’inviter à la table quand ils s’aperçoivent de sa présence car ils le trouvent un peu dérangé, spécialement depuis la mort de son ami intime, jockey comme lui, qui est tombé de cheval. Il s’approche de la table, critique avec véhémence leur conduite et commande un alcool raide, sachant très bien que son entraîneur lui interdit d’en boire. Le temps où il a été maltraité est fini.
Commentaire
La nouvelle parut dans le “New Yorker”.

_________________________________________________________________________________

"The twisted trinity"

(1941)
Poème


Commentaire
Il fut mis en musique par David Diamond.

_________________________________________________________________________________


Madame Zilensky and the king of Finland

(1941)
Nouvelle


Madame Zilensky vient d’entrer au département de musique de Ryder College. Son curriculum vitae et sa réputation sont exemplaires, et elle se dévoue entièrement à son travail. Cependant, dès le début, M. Brook, le chef du département, a remarqué quelque chose de très curieux à son sujet : elle lui avait dit avoir rencontré le roi de Finlande lors de l’un de ses nombreux voyages. Or il sait qu’il n’y a pas de roi de Finlande. Quand il l’interroge sur ce mensonge, Madame Zilensky est très troublée : le faux monde qu’elle s’est créé est cher à son coeur.
Commentaire

La nouvelle parut dans le “New Yorker”.

_________________________________________________________________________________

"Correspondence"

(1942)


Correspondance
Nouvelle
Commentaire
Elle parut dans le “New Yorker”.

_________________________________________________________________________________


En 1942, Carson McCullers reçut une bourse Guggenheim.

Reeves se réengagea dans l’armée.

_________________________________________________________________________________
A tree, a rock, a cloud

(1942)
Nouvelle


Un garçon de douze ans entre dans un café ouvert toute la nuit et commande un café. Alors qu’il finit, il est appelé par un homme assis au bar, qu’il ne connaît pas. Il s’approche de l’homme qui se met à lui parler du mystère de l’amour, à affirmer qu’une personne doit être préparée pour tomber amoureuse d’une autre car, autrement, elle risque un chagrin dévastateur, que nous devons tous apprendre à aimer en commençant par aimer un arbre, un roc, un nuage, et ensuite progresser vers les animaux et les humains. Peut-être alors ne placerons-nous pas notre amour en un seul endroit.
Commentaire
La nouvelle fut publiée dans “Harper's bazaar” et sélectionnée pour figurer dans l’anthologie annuelle, “O. Henry memorial prize stories” de 1942.

_________________________________________________________________________________


En janvier et février 1943, Carson McCullers souffrit d’une infection due à la brisure accidentelle d’un maxillaire par un dentiste. Elle reçut, de l’”American academy of arts and letters”, une allocation de mille dollars.

_________________________________________________________________________________


"Love's not time's fool"

(1943)

Nouvelle

Commentaire
Signée «A war wife», la nouvelle fut publiée dans “Mademoiselle”.

_________________________________________________________________________________


The ballad of the sad cafe

(1943)


La ballade du café triste
Nouvelle

Dans une toute petite bourgade agricole du Sud profond américain ensommeillée pendant la grande dépression, écrasée de chaleur, de solitude, d’oisiveté et de tristesse, Miss Amelia, grande fille robuste à l’allure excentrique d’amazone quasi masculine, est une riche et calculatrice propriétaire qui dirige d’une main ferme sa petite plantation de coton, son commerce d’alcool, son cabinet médical et son magasin. Les habitants l’admirent et la respectent, mais la craignent aussi : elle va jusqu’à user de sa force physique pour obtenir ce qu’elle désire, et elle est souvent pleine de mépris et vindicative. Il est vrai qu’elle n’a pas eu une vie très agréable : son père est mort il y a quelques années et sa seule histoire d’amour, qui n’a duré que quinze jours, fut un drame très pénible. Elle était mariée à Marvin Macy, un criminel endurci. Personne ne sait exactement comment leur mariage a mal tourné ; mais, après une seule journée, les villageois purent constater qu’elle était constamment violente à l’égard de son mari qui, lui, en avait le coeur brisé. Un jour, il quitta la ville, laissant une simple lettre où il promettait de se venger de Miss Amelia pour les mauvais traitements qu’elle lui avait infligés.

Des années plus tard, survient un nain bossu prétendant être le cousin d’Amelia, Lymon Willis, perdu de vue depuis longtemps. Elle l’accueille d’abord par pitié, mais, comme il apporte avec lui la joie et l'animation dans la ville, malgré son aspect disgracieux, elle s’éprend de lui et l’invite à vivre avec elle. Il l’incite à ouvrir dans son magasin un café qui devient le seul lieu de plaisir local. Toute la communauté s’y réunit pour manger du poulet frit et boire le doux whisky de Miss Amelia. Il s’y conduit en caïd, en tout cas comme un vrai patron de café.

Des années passent. Macy revient du pénitencier. S’ensuit un inévitable corps à corps entre lui et Miss Amelia. Mais, alors qu’elle l’a plaqué au sol, son amant bossu la distrait, et Macy peut la frapper et la laisser inanimée. Il apparaît que Lymon et Macy ont, dès le début, convenu de la détruire, le nain étant entièrement dévoué à ce personnage dangereux avec lequel il part mais qui ne répond à cet amour que par le mépris et les moqueries car il souffre de son mariage raté avec Amelia. Brisée, elle ferme le café, derrière les volets clos duquel elle s’enferme, apparemment pour toujours.
Commentaire
Cette histoire se déroule dans une petite ville dont l'atmosphère de désolation a été très bien rendue. C’est une histoire bizarre de jalousie et d’obsession où chaque côté d’un étrange et grotesque triangle amoureux (inspiré par celui qui réunissaient Carson McCullers, Reeves McCullers et David Diamond) éprouve un amour douloureux car non réciproque : dans une ronde tragique, Marvin a aimé Amelia, qui aime Lymon, qui aime Marvin. L’autrice nous donne donc une vision sombre et triste de l'amour, car, pour elle, il conduit inexorablement la personne qui aime à une plus grande solitude : «Il y a celui qui aime et celui qui est aimé, et ce sont deux univers différents. Celui qui est aimé ne sert souvent qu'à réveiller une immense force d'amour qui dormait jusque-là au fond du coeur de celui qui aime. En général, celui qui aime en est conscient. Il sait que son amour restera solitaire. Qu'il l'entraînera peu à peu vers une solitude nouvelle, plus étrange encore, et le savoir le déchire» - «L’amour est une expérience commune à deux êtres, mais cette communauté d’expérience n’implique pas une similtude d’expérience chez les deux personnes concernées». Elle continuait donc à nous dire que «le coeur est un chasseur solitaire». Cela laisse un arrière-goût de tristesse et de mélancolie.

La nouvelle, que beaucoup considèrent comme la plus belle création de Carson McCullers, parut dans “Harper's bazaar” puis a été incluse dans l’anthologie "The best American short stories of 1944".

Elle a été adaptée au théâtre par Edward Albee en 1963, représentée à Broadway, au “Martin Beck theater”, cent vingt-trois fois, du 30 octobre au 15 février.

En 1991, elle a été adaptée au cinéma par Simon Callow, avec  Vanessa Redgrave, Keith Carradine, Cork Hubbert, Rod Steiger.

_________________________________________________________________________________

En 1943, Carson et Reeves, qui, quoique divorcés, étaient émotionnellement plus proches que jamais, envisagèrent de se remarier, mais y renoncèrent.

De nouveau malade en janvier et février 1944 (influenza et pleurésie), Carson McCullers subit, de plus, de sévères crises nerveuses. Elle craignait aussi pour la vie de Reeves qui était avec l’armée en Angleterre, où il se fractura un poignet dans un accident de moto. Mais il participa au débarquement en Normandie et fut même le premier soldat américain blessé.

À la suite du soudain décès de son père en août 1944, elle déménagea, avec sa mère et sa soeur, à Nyack (New York) dans une maison donnant sur l’Hudson où elle allait passer la plus grande part du reste de sa vie.

En décembre, elle souffrit de douleurs oculaires aiguës et fut incapable de travailler. En janvier 1945, elle fut de nouveau victime de l’influenza. Reeves revint aux États-Unis, et elle accepta de se remarier avec lui, mais avec réticence («Pourquoi se remarier, c'est tellement indécent. Restons amis, c'est préférable»).

_________________________________________________________________________________
"Our heads are bowed"

(1945)


Nous gardons la tête inclinée
Article
Commentaire
Il fut publié dans “Mademoiselle”.

_________________________________________________________________________________


The member of the wedding

(1945)


Frankie Addams
Roman

Frankie Addams est une adolescente solitaire de douze ans qui promène son mal-être dans une petite ville du Sud des États-Unis, n’accepte pas le rôle attribué aux filles, voudrait avoir les privilèges des garçons, se voit comme «personne non réunie» et «un membre de rien dans le monde». Furieusement jalouse de son frère vénéré, Jarvice, elle ne rêve que d'une chose : se rendre à son mariage, qui a lieu dans le Nord ; devenir «un membre du mariage» ; se joindre à son frère et à sa fiancée, Janice, qui sont ce qu’elle appelle «le nous à moi» ; changer son nom pour celui de Jasmine. Puis rester là-bas à tout jamais, découvrir le froid et la neige, la liberté et la vie ; oublier l'ennui dans lequel elle se morfond, ces journées qui n'en finissent pas. Mais elle ne peut trouver personne qui s’associe avec elle, ce qui lui laisse penser qu’elle est véritablement un monstre.
Commentaire
Cette histoire pleine de tendresse est une superbe description de l'adolescence, des obstacles qui lui sont opposés, des contraintes qui lui sont imposées pour être populaire, de ses aspirations ardentes à l’évasion et, en même temps, à l’appartenance. Il n’y a que peu de personnes qui importent à Frankie, ce qui semble indiquer que, si l’individu a besoin de relations avec d’autres, il n’a besoin que de quelques personnes bien choisies pour être heureux, personnes qui lui donnent des conseils, qui sont présentes quand il le faut. C’est ce qui a manqué à Frankie comme à Carson McCullers. D’après ses parents et ses amis, de tous les personnages qu’elle a créés, Frankie est celui qui lui ressemble le plus. L’adolescente trop vite grandie, vulnérable, aussi exaspérante qu’attachante, oscille entre l’innocence et l’intuition qui la guide vers un destin qu’elle soupçonne plus qu’elle ne le perçoit. Son apprentissage de la vie est difficile et la meurtrissure ne s’effacera pas. Elle recueille toute expérience et la garde comme le souvenir jamais terni d’une épiphanie manquée. C’est dire que la mémoire joue un rôle capital : non seulement le trajet du vécu, mais le vecteur solitaire de l’imaginaire, tracé par l’âpreté à vivre et le refus des situations figées.

L’histoire est racontée avec une simplicité qui lui donne toute sa force. On imagine fort bien que ce récit est d'inspiration autobiographique. Pourtant, la mère est ici falotte. Le père est bijoutier-horloger comme celui de l’écrivaine, et tout se cristallise autour de lui qui reconnaît à peine en celle qu’il a créée l’image de l’épouse discrète. C’est d’abord avec lui qu’il faut s’expliquer, ne serait-ce que pour lui dire combien il est présent et distant à la fois, combien on est attaché à lui et près de l’oublier.

Carson McCullers fit de son roman une pièce de théâtre qui fut créée à Broadway, à l'”Empire theater”, le 5 janvier 1950 : le succès fut très grand, la salle debout lui a fait une ovation, les critiques furent presque unanimes ; il y eut plus de cinq cents représentations et la pièce remporta le “Drama critics' circle award” et le “Donaldson award”. Carson McCullers reçut une médaille d’or du “Theatre club” pour la meilleure pièce de l’année.

En 1957, elle fut aussi donnée à Londres au “Royal court theatre”.

En décembre 1958, traduite par André Bay et William Hope, elle fut jouée à l’Alliance francaise de Paris. Puis fut produite une adaptation au cinéma réalisée par Stanley Kramer.

C’est l’oeuvre de Carson McCullers qui, financièrement, a été son plus grand succès.

_________________________________________________________________________________

En juin 1946, Carson McCullers passa plusieurs semaines à Nantucket avec Tennessee Williams qui se considérait alors comme mourant mais l’avait invitée après avoir lu “The member of the wedding”. Elle allait entretenir avec lui une longue amitié. En novembre, avec Reeves, elle s’embarqua pour l’Europe sur l’”Ile-de-France”. En 1947, elle fut, en France, victime de deux attaques d’hémiplégie, fut paralysée du côté gauche, perdit la vision latérale de l’oeil droit, dut être hospitalisée, tandis que Reeves était en proie à un delirium tremens. C’est sur des civières qu’ils quittèrent Paris en décembre.

Bien qu’elle ait été alors considérée comme un des meilleurs écrivains américains d’après-guerre, qu’elle ait été nommée une des dix Américaines les plus méritantes de 1947, en mars 1948, elle tenta de se suicider et fut hospitalisée brièvement dans une clinique psychiatrique de Manhattan. Pourtant, elle publia :

_________________________________________________________________________________
"How I began to write"

(1948)


Comment j’ai commencé à écrire
Article
Commentaire
Il fut publié dans "Mademoiselle".

_________________________________________________________________________________


"The mortgaged heart"
Poème
Commentaire
Il fut publié dans la revue littéraire "New directions".

_________________________________________________________________________________


"When we are lost"

Quand nous sommes perdus


Poème
Commentaire
Il fut publié dans la revue littéraire "New directions".

_________________________________________________________________________________

En 1948, Carson McCullers accorda publiquement son soutien à Harry Truman, candidat à l’élection présidentielle.

_________________________________________________________________________________

"Home for Christmas"

(1949)


Chez moi pour Noël
Article
Commentaire
Il fut publié dans “Mademoiselle”.

_________________________________________________________________________________


"Loneliness, an American malady"

(1949)


La solitude, cette maladie américaine
Article
Commentaire
Il publié dans “This week magazine”.

_________________________________________________________________________________


"The vision shared"

(1950)


La vision partagée
Article
Commentaire
Il fut publié dans “Theatre arts”.

_________________________________________________________________________________


"The sojourner"

(1950)


Celui qui passe
Nouvelle de 20 pages
John Ferris est revenu aux États-Unis pour enterrer son père. Lors d’un dîner, il retrouve Elizabeth, son ex-femme, qu’il n’a pas vue depuis sept ans, et il est troublé de constater qu’elle a gardé toute sa beauté, qu’elle a un autre mari et un fils charmant. Elle joue du piano pour lui, et il se souvient des jours merveilleux qu’ils eurent ensemble. Mais le dîner se passe rapidement, et il s’en va, froid et seul de nouveau.
Commentaire
La nouvelle fut publiée dans “Mademoiselle”.

En 1953, fut diffusée une adaptation télévisée intitulée "The invisible wall". Elle fut reprise à la télévision le 25 mai 1964.

_________________________________________________________________________________

En mai 1950, Carson McCullers s’embarqua pour l’Irlande pour rendre visite à Elizabeth Bowen. Reeves la rejoignit à Londres, mais, à leur retour à New York, ils se séparèrent.

_________________________________________________________________________________

A domestic dilemma

(1951)
Nouvelle


Martin Meadows qui revient à la maison après une journée de travail, trouve sa femme qui sirote du sherry et son fils qui se plaint d’un toast «brûlant». Le lecteur apprend vite que la mère est alcoolique («On ne pouvait cacher la vérité – bientôt, il y aurait des commérages au bureau et en ville ; sa femme était dépravée. Et lui et ses enfants étaient vouées à un avenir de dégradation et de ruine lente.») et qu’elle a remplacé la cannelle par du poivre de Cayenne quand elle a préparé le toast. Pour protéger les deux enfants, Martin demande à sa femme de se tenir en-haut pendant qu’il fera le dîner. Elle ne l’écoute pas et, après avoir bu encore plus de sherry, elle descend, apostrophe les trois assis à la table et supplie son fils de lui dire qu’il l’aime. Les enfants sont troublés et même terrifiés. Le père les met au lit, et sa femme s’endort.
Commentaire
L’alcoolisme apparaît comme une plaie sociale.

La nouvelle parut dans le “New York post magazine”.

_________________________________________________________________________________
The ballad of the sad cafe and other works

(1951)


La ballade du café triste et autres nouvelles
Recueil de sept nouvelles
The ballad of the sad cafe” (“La ballade du café triste”)

Wunderkind” (“L’enfant prodige”)

The jockey” (“Le jockey”)

Madame Zilensky and the king of Finland(“Madame Zilensky et le roi de Finlande”)

The sojourner” (”Celui qui passe”)

A domestic dilemna

A tree, a rock, a cloud
Commentaire

Ces nouvelles apportent de brillantes révélations sur l’amour et le désir, les amers chagrins et les bonheurs occasionnels : «La plupart d'entre nous préfèrent être celui qui aime. Car, s'il faut avouer la vérité, la plus cruelle, la plus secrète, pour la plupart d'entre nous, être aimé est insupportable».

_________________________________________________________________________________

En juin 1951, Carson et Reeves (lui en passager clandestin) s’embarquèrent pour l’Angleterre sur le “Queen Elizabeth”. Elle revint aux États-Unis en octobre. Puis elle se rendit à La Nouvelle-Orléans.

En 1952, elle et Reeves s’embarquèrent pour Naples sur le “Constitution”. Ils séjournèrent à Rome de février à avril, gagnèrent Paris et s’installèrent dans une maison, à Bachivilliers, dont elle avait fait l’acquisition. En son absence, elle fut nommée au “National institute of arts and letters”. De retour aux États-Unis, elle subit une crise cardiaque et fit une chute.

_________________________________________________________________________________
"The dual angel : a meditation on origin and choice"

(1952)


L’ange double
Poème
Commentaire
Il fut publié dans “Mademoiselle” puis dans la revue littéraire italienne “Botteghe oscure”.

_________________________________________________________________________________


En septembre 1952, Carson McCullers se rendit à Rome avec Reeves, travailla sur le scénario de "Terminal station" pour David O. Selznik. Mais elle fut hospitalisée puis revint avec Reeves à Bachivillers.

_________________________________________________________________________________


"The pestle"

(1953)
Nouvelle


Commentaire
C’était la première partie du roman “Clock without hands”.

Elle fut simultanément publiée dans “Mademoiselle” et dans “Botteghe oscure”.

_________________________________________________________________________________

À la fin de l’été 1953, leur vie commune étant de plus en plus dramatique, Reeves essaya de convaincre Carson de se suicider avec lui. Craignant pour sa vie, elle s’enfuit aux États-Unis. Il se suicida dans un hôtel de Paris en novembre 1953, et elle ne paya pas pour que son corps soit enterré là-bas ou rapatrié.

De février à mai 1954, elle donna des causeries avec Tennessee Williams, sur l’écriture narrative et dramatique.

Elle rencontra Arthur Miller et Marilyn Monroe à New York.

En 1955, avec Tennessee Williams, elle passa des vacances à Key West et un week-end à Cuba. Sa mère mourut subitement.

_________________________________________________________________________________

"The haunted boy"

(1955)


Le garçon hanté
Nouvelle
Hugh fut un jeune garçon qui grandit plus rapidement qu’aucun autre, de façon monstrueuse, ce qui fit que sa mère se tua. Et, malheureusement, Hugh fut celui qui, trop tard, découvrit son corps. Aussi connut-il la peine, le remords et la confusion. Maintenant qu’il est à l’université, il peut se confier à John, un camarade d’université, car ils sont très proches en dépit de leur différence d’âge.
Commentaire
Carson McCullers a utilisé différentes techniques pour créer le suspense, mais la meilleure est son allusion à «l’autre temps», personne ne sachant exactement ce qu’elle veut dire jusqu’à la fin de la nouvelle. En dépit de ce que des critiques ont dit, la plupart des lecteurs peuvent se sentir concernés par cette histoire et réellement l’apprécier parce qu’il y des secrets de famille qu’on ne peut pas dire à n’importe qui.

La nouvelle fut publiée simultanément dans “Mademoiselle” et “Botteghe oscure” .

_________________________________________________________________________________
Durant la plus grande part de l’année 1956, Carson McCullers fut malade, son bras gauche paralysé devenant de plus en plus crispé et douloureux.

_________________________________________________________________________________

"Mick"

(1957)
Nouvelle


Commentaire
Elle fut publiée dans “Literary cavalcade”.

_________________________________________________________________________________


"The stone is not stone"

(1957)


La pierre n’est plus la pierre
Poème
Commentaire

Il fut publié dans “Mademoiselle”.

_________________________________________________________________________________

The square root of wonderful

(1957)


La racine carrée du merveilleux
Pièce de théâtre
Dans les années cinquante, dans une petite ville de la banlieue de New York, Phillip Lovejoy est un écrivain alcoolique dont les premiers succès et les échecs récents pèsent lourdement sur son esprit. Il quitte le sanatorium dans lequel il s’est relevé d’une tentative de suicide et il arrive chez son ex-femme, Mollie. Il est indigent et souffre moralement. Il découvre vite qu’elle est en train de tomber amoureuse de John Tucker, un architecte qu’elle a récemment secouru alors qu’il avait un ennui avec sa voiture, et qui vit dans la maison. La mère et la soeur de Phillip y sont aussi et donnent des informations sur les deux mariages de Mollie et de Phillip comme sur l’enfance de Philip en Georgie. Bouleversé par la perspective d’une vie sans Mollie, il se suicide en conduisant sa voiture dans un étang proche. Mollie est maintenant libre d’aimer John.
Commentaire
La pièce, la première que Carson McCullers ait écrite d’emblée comme une pièce, fut plusieurs fois revisée puis enfin présentée, d’abord au “McCarter theater” de Princeton (New Jersey), puis à Broadway le 30 octobre 1957. Mais elle reçut de mauvaises critiques et n’eut que quarante-cinq représentations. Aujourd’hui, elle est appréciée pour l’aperçu qu’elle donne de la vie exceptionnelle de Carson McCullers qui a elle-même indiqué qu’elle avait trouvé sa source dans les difficiles relations qu’elle eut avec son époux, Reeves McCullers, comme avec sa mère bien-aimée.

Elle en fit une nouvelle intitulée "Who has seen the wind?" (“Qui a vu le vent?”) publiée dans “Mademoiselle” en 1956.

_________________________________________________________________________________

"Playwright tells of pangs"

(1957)

Article


Commentaire
Le texte fut publié dans “The Philadelphia inquirer”.

_________________________________________________________________________________


En 1958, après l’échec de sa pièce, Carson McCullers souffrit d’une dépression et commença une thérapie avec le docteur Mary Mercer qui eut un effet très positif, car elle la poussa à continuer à écrire et devint une amie de toute une vie. Mais l’écrivaine dut subir une série d’opérations sujr son bras gauche, ce qui ne l’empêcha pas de donner des causeries à l’université Columbia, de participer à un colloque sur le théâtre dans la production télévisée de "Lamp unto my feet".

En 1959, elle eut deux opération sur son bras et son poignet gauches. Incapable de travailler à ses manuscrits, elle écrivit des vers pour les enfants. Au dîner de l’”American academy of arts and letters” et du “National institute of arts and letters”, elle rencontra la baronne Karen Blixen-Finecke alors âgée de soixante-quatorze ans, et organisa pour elle un lunch avec Arthur Miller et Marilyn Monroe.

_________________________________________________________________________________
"The flowering dream : notes on writing"

(1959)
Essai


On y lit : «Il se peut qu’on écrive pour répondre à quelque besoin subconscient de communication, d’expression personnelle. Écrire est une occupation vagabonde, rêveuse. L’écrivain, du fait même de sa profession, est un rêveur et un rêveur conscient. Comment, sans l’amour et sans l’intuition qui vient de l’amour, un être humain peut-il se mettre dans la situation d’un autre être humain? Il doit imaginer, et l’imagination demande de l’humilité, de l’amour et un grand courage
Commentaire

Le texte fut publié dans “Esquire”.

_________________________________________________________________________________

À partir de 1961, Carson McCullers fut constamment hospitalisée. En juin, sa main gauche fut opérée.

_________________________________________________________________________________


"To bear the truth alone"

(1961)
Commentaire


Cette deuxième partie du roman “Clock without hands” fut publiée dans “Harper's bazaar”.

_________________________________________________________________________________


Clock without hands

(1961)


L'horloge sans aiguilles

Roman

Dans une petite ville de Géorgie, on assiste à la mort du vieux Sud alors qu’on est à la veille d’une intégration de Noirs décrétée par la justice. On a diagnostiqué à J.T. Malone, brave pharmacien d’âge moyen, solitaire, une leucémie en phase terminale, et, comme on lui a donné quinze mois de survie, qu’il fait face à sa mort imminente, il regarde son existence qu’il a gâchée et en vient à comprendre les mystères de la vie. Le vieux juge Fox Clane devient pour lui une figure paternelle et le guide dans sa recherche.

Mais le juge, qui fut membre du Congrès, est corrompu et fixé sur le passé. Incarnation aveugle de la tradition sudiste, il continue à chérir la grande vie du vieux Sud et croit même réellement que l’argent des confédérés qu’il conserve dans son grenier lui apportera un jour de grandes richesses. Aussi Jester Clane, son petit-fils orphelin qui a un fort sens de la justice sociale, qui est conscient des changements qui vont se faire, s’oppose-t-il constamment à lui et s’allie-t-il à Sherman Pew, le domestique du juge, un jeune Noir aux yeux bleus qui, lui aussi à la recherche de son identité, est en colère car il passe pour un monstre mais essaie d’être accepté.

En s’opposant au projet du juge de faire sauter la maison de Sherman, J.T. Malone retrouve finalement sa jeunesse, découvre qu’il y a plus douloureux que la mort : le reniement de sa conscience.

Commentaire
De ce roman dédié au docteur Mary Mercer, roman sur lequel elle travailla vingt ans, dans lequel elle offrait ce mélange unique d’infinie tendresse, de profonde compréhension du coeur, de poésie et d’humour qui est sa marque, Carson McCullers déclara qu’il traite de la responsabilité de l’être humain envers sa propre vie et de la réponse qu’il lui donne. Mais elle commentait aussi les questions des tensions raciales, des tensions sociales, de l’égalité, de la justice. Elle exploitait sa propre descente ves la mort. C’est avec une précision chirurgicale qu’elle décrivit un monde brutal qui n’existait plus et qu’elle dessinait le conflit. C’est intentionnelllement qu’elle a fait de chacun de ses personnages un être exagéré. Les relations entre Jester Clane et Sherman Pew révèlent une certaine confusion sexuelle.

Le roman a été mal accueilli par la critique.

_________________________________________________________________________________
"A child's view of Christmas"

(1961)


La découverte de Noël
Nouvelle
Commentaire
Elle fut publiée dans “Redbook”.

_________________________________________________________________________________


En 1962, Carson McCullers rendit visite à Edward Albee et à William Faulkner.

Elle fut opérée d'un cancer du sein.

En octobre, elle assista, en Angleterre, au “Cheltenham festival” et à la célébration du soixante-quinzième anniversaire d’Edith Sitwell.

_________________________________________________________________________________

"The dark brilliance of Edward Albee"

(1963)
Article

«L’enfant dans “Virginia Woolf” est simplement un “truc”, comme le sont le canard sauvage, la cerisaie, ce tramway au nom spécial, même le vieil ami insaisissable qu’est Godot. Mais la pièce d’Albee ne porte pas sur l’enfant, comme “Godot” ne porte pas sur Godot mais sur son attente, sur les gens qui ont à le créer comme une balle qu’on se renvoie ou comme une béquille pour leurs propres insuffisances et échecs, et ont alors, libres par rapport à lui, à trouver leur propre chemin, si toutefois il y a un chemin. Si la vérité et l’illusion ne sont pas exactement des thèmes originaux, pas plus qu’ils ne l’étaient pour O’Neill, la question n’est pas “quoi” mais “comment” et comment spécifiquement l’écrivain montre l’immédiateté de la vie humaine. La réalité d’Albee est basée sur une simplicité classique, un sentiment contemporain sans égal dans notre théâtre, une économie musicale, en dépit de sa longueur, et une habileté à tenir et à secouer son auditoire

Commentaire
L’article fut publié dans “Harper's bazaar”.

_________________________________________________________________________________


Au printemps 1963, Carson McCullers fit une chute où elle se brisa la hanche droite et le coude gauche.

_________________________________________________________________________________


Sweet as a pickle, clean as a pig

(1964)
Recueil de poèmes


Commentaire
Ce sont des vers pour les enfants.

_________________________________________________________________________________


En 1964, Carson McCullers fut opérée de sa fracture de la hanche et dut passer trois mois à l’hôpital. Elle reçut le prix de la Jeune Génération accordé par le journal allemand “Die Welt”.

En 1965, elle fut amputée de la jambe gauche.

En 1966, elle reçut l’”Henry Bellaman award” pour sa «contribution exceptionnelle à la littérature».

Elle travailla, avec Mary Rodgers, à l’adaptation musicale de “The member of the wedding”.

_________________________________________________________________________________
"The march"

(1967)


La marche
Nouvelle de trente pages
Un jeune fils de famille patricienne du Sud participe à une marche pour l'égalité des droits.

Commentaire

Dans ces pages magnifiques de sobriété, Carson McCullers évoque le racisme séculaire, la violence, mais aussi la générosité, l'amitié, les destins qui se nouent dans l'espérance d'un monde nouveau. La nouvelle, le plus beau texte bref que Carson ait laissé, est comme un chemin de croix qui ne se terminerait pas trop mal.

Elle fut publiée dans “Redbook”.

_________________________________________________________________________________

En avril 1967, Carson McCullers, rongée par le cancer, les pneumonies et les attaques cardiaques, rejoignit dans son château d’Irlande John Huston, le réalisateur de “Reflets dans un oeil d'or”. Mais elle passa le plus clair de ces vacances à l’hôpital.

Après cette incroyable expédition, de retour sur son lit de douleur à New York, elle convia ses proches (dont Tennessee Williams), qui se relayaient à son chevet, et, incapable d'écrire, elle leur dicta péniblement :

_________________________________________________________________________________
Illumination and night glare

(posthume 1999)

Illuminations et nuits blanches
Fragments
Commentaire
L’ensemble fut ainsi intitulé pour symboliser l'enchaînement de bonheurs et de souffrances qui ont marqué la vie de Carson Mc Cullers.

On y trouve :



---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Une autobiographie inachevée qui offre des souvenirs poignants de :

- ses premiers succès d’écrivaine (elle voulait comprendre, juste avant de mourir, en quoi ils avaient bouleversé sa vie ;

- de son affection pour sa famille ;

- de son mariage difficile à un écrivain raté ;

- de ses liens d’amitié avec des personnalités de la littérature et du cinéma (Gypsy Rose Lee, Richard Wright, Tennessee Williams, Henry Miller, Karen Blixen, John Huston, Arthur Miller, Marilyn Monroe) ;

- de ses intenses relations avec les femmes importantes dans sa vie.


Commentaire

Interviewée, Carson McCullers révéla la raison pour laquelle elle écrivait son autobiographie : «Je pense qu’elle est importante pour les futures générations d’étudiants qui voudront savoir pourquoi j’ai fait certaines choses, mais elle est importante pour moi aussi. En une nuit, je suis devenue une figure littéraire connue, et j’étais bien trop jeune pour comprendre ce qui m’arrivait et pour envisager la responsabilité que cela entraînait. Combiné avec toutes mes maladies, cela m’a presque détruite. Peut-être retracer et préserver pour les autres générations l’effet que ce succès eut sur moi disposera les artistes futurs à mieux l’accepter

Cette autobiographie est quelque peu comme sa propre vie : fragmentaire, sautillante, triste, douloureuse et brève. Elle a l’allure d’une novella constituée de vignettes plus que d’une narration continue. Elle est gâchée par des répétitions et une chronologie incertaine. Le fait qu’elle ait été dictée lui donne un ton de conversation et un style plus relâché que celui de ses oeuvres précédentes.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

La correspondance avec Reeves McCullers durant la Seconde Guerre mondiale qui jette une nouvelle lumière sur leur relation ambivalente dans ces années entre leur divorce plein de souffrances et leur remariage. Reeves, qui rapportait de sombres événements qu’il avait vécus sur le front, était vraiment marqué par le mauvais sort. Carson l’aimait, mais sa propre insécurité et son obsessivité, facteurs qui peuvent expliquer son propre alcoolisme (elle buvait force bourbon), la faisaient tomber dans le silence pour écrire plutôt son oeuvre passionnément et avec hâte, comme si elle savait que peu de temps lui serait accordé.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


The mute" (“Le muet”), une esquisse du roman “The heart is a lonely hunter” qui montre à quelle brillante métamorphose elle était parvenue.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Trois nouvelles inspirées par les problèmes de la ségrégation raciale aux États-Unis :
- La première qui n'est que le croquis d'une scène quotidienne de la ségrégation scolaire.
- La deuxième qui trace un portrait de femme noire émouvant et juste, mais relativement banal.
- La troisième qui est “The march” (“La marche”).

_________________________________________________________________________________

La dernière interview de Carson McCullers, "Frankie Addams at fifty", parut dans le “New York times”. Elle fut de nouveau hospitalisée, mais demeura très active, peignant des aquarelles, dessinant avec des crayons, et faisant des projets dont celui d’une «party» de soir de Noël qui serait le premier de sa vie où elle irait avec une jambe artificielle. C’est alors qu’elle écrivit son dernier texte :

_________________________________________________________________________________

"A hospital Christmas eve"

(posthume, 1967)

Noël à l’hôpital
Article

_________________________________________________________________________________


The mortgaged heart

(posthume 1971)

Le coeur hypothéqué
Recueil de nouvelles, d’essais, d’articles et de poèmes
Commentaire
Les nouvelles déjà publiées en revues ou complètement inédites, oeuvres de jeunesse écrites alors qu’elle avait entre dix-de sept et dix-neuf ans, avaient été rassemblées par la soeur de Carson McCullers, Margarita Smith.

_________________________________________________________________________________


Le 15 août, à New York, Carson McCullers subit une hémorragie cérébrale, resta dans le coma quarante-cinq jours, et mourut le 29 septembre, à l'âge de cinquante ans. Elle avait deux romans en chantier et on tournait les adaptations de “Reflets dans un oeil d’or” et de “Le coeur est un chasseur solitaire”.

Carson McCullers a vécu comme elle a écrit : peu, mais de manière exceptionnelle, luttant chaque jour contre la souffrance, à cause de cette maladie d’enfance et d’une erreur de diagnostic qu’elle paya toute sa vie d’un véritable chemin de croix où elle connut aussi la solitude, la confusion sexuelle et émotionnelle, écrivant à partir de ce qu’elle a vécu.

Son enfance s’étant passée dans le Sud, elle en a fidèlement rendu l’atmosphère violente et trouble et le fatalisme. Pour Tennessee Williams, elle est «le plus grand prosateur que le Sud ait produit», mais on ne peut taxer son oeuvre de régionalisme.

Elle a pratiqué la littérature à la manière d'un exorcisme, reconnaissant qu’elle devenait en écrivant chacun de ses personnages, ce qui est sans doute vrai de tous les écrivains authentiques qui arrachent avec souffrance du plus profond de leur inconscient ce que les autres préfèrent ne révéler ni aux autres ni à eux-mêmes. Mais elle aimait aussi répéter la formule de Térence : «Rien de ce qui est humain ne m’est étranger». Cependant, elle n’a pu aller au bout de ce qu’elle avait à dire.

On peut considérer qu’elle est restée une adolescente : «Chez elle, l'adolescence, en dépit de toutes les expériences de la vie, les amours, les disparitions, les souffrances d'un corps cassé par la maladie, semble être demeurée intacte, indestructible. Et lui avoir gardé un coeur de jeune fille, avec ses emballements et ses détresses.» (Josyanne Savigneau, “Carson McCullers, un coeur de jeune fille”).

Pour Tennessee Williams, «le coeur de Carson était souvent solitaire et il était un chasseur infatigable pour ceux à qui elle pouvait l’offrir ; mais c’était un coeur qui était orné d’une lumière qui éclipsait ses ombres». Aussi le titre de son premier roman, avec son intensité, sa concision et son mystère, avec la terrible juxtaposition de l’amour et de la solitude, rend-il bien ce qui fut le sujet constant de son oeuvre. Elle a écrit quelques-unes des plus belles pages qu’on ait écrites sur la solitude des coeurs et des corps, sur l’isolement spirituel qui sous-tend la condition humaine, sur le pathétique des amours croisées, contrariées, impuissantes à provoquer la communication et sur l’hiatus entre le «rapport» sexuel et la véritable relation. Mais c’est à peine si elle tint à disséquer, à analyser ce sentiment de délaissement, d’esseulement, qui préside à toute destinée humaine : elle pénétra dans les sinuosités et les recoins de sensibilités inquiètes et répéta simplement qu’il est intolérable de vivre seul.

Ses personnages sont souvent névrosés ou affligés de handicaps ou murés dans l’isolement ; ce sont des enfants mourants laissant leur mères dans le deuil, des adolescents solitaires en mal d’amour, incompris du monde adulte, des simples d’esprit, des vagabonds, des êtres marginaux, des désadaptés, des parias, des perdus, des blessés, d’éternels étrangers au festin de la vie. Frustrations, espoirs déçus, amour sans issue, voilà leur lot commun. Elle les appelait des «grotesques», mais ils prêtèrent leurs voix, leurs balbutiements, leur silence aussi à un impitoyable constat : la raison ne peut raisonner ; il faut chercher ailleurs la marge humaine de survie ; le rêve seul permet d’accéder au possible ; il faut poursuivre une indéfinissable quête que Carson McCullers a peut-être désignée quand elle a révélé : «Pour moi, écrire est une recherche de Dieu».


Son oeuvre n’a pas été très variée car, à certains artistes, la vision essentielle n’est donnée qu’une fois. Elle n’a été pas non plus été très abondante : cinq romans, deux pièces de théâtre, vingt nouvelles, un petit nombre de poèmes. Mais Carson McCullers est considérée comme une des voix les plus bouleversantes du roman américain, Tennessee Williams ayant pu proclamer : «Une telle intensité, une telle noblesse d’esprit, notre prose n’a rien connu de pareil depuis Herman Melville», comme un des plus importants écrivains du XXe siècle.
André Durand
Faites-moi part de vos impressions, de vos questions, de vos suggestions !
 Contactez-moi   




: docs
docs -> New directions newsletter the domestic abuse shelter of knox county
docs -> As a child Collins studied classical piano with Antonia Brico, making her public debut at age 13 performing Mozart's
docs -> The Archetype
docs -> Straight From the Heart by Dr. Linda Boen
docs -> Early Childhood iPad App Recommendations note
docs -> This romantic story is about two college students, Jenny and Oliver, who meet when Oliver visits the library to buy a book. Although Oliver’s family is poor and Jenny’s is rich, the two young people fall in love
docs -> Snow White Interactive Story
docs -> Frankenstein sfx questions By Stephen Jewell
docs -> -
docs -> It’s Your Story—Tell It!: A world of Girls Audience: This series is for Brownie Girl Scouts and is suitable for in-school and after-school troops. Purpose


1   2


The database is protected by copyright ©hestories.info 2017
send message

    Main page